Quand l'intelligence artificielle apprend la propagande russe à votre place
150 sites coordonnés, 3,6 millions d'articles en 2024, 33 pour cent des réponses des chatbots IA contaminés par leurs narratifs : le réseau Pravda ne vise pas le lecteur humain, il vise les modèles d'IA qui répondent à votre place.
« Réseau Pravda / Portal Kombat infecte les chatbots IA »
Plus de 150 sites coordonnés par le réseau Pravda Network publient en continu des contenus reprenant les lignes du Kremlin sur l'Ukraine, l'OTAN, les élections occidentales et les politiques sanitaires. Le réseau, identifié par Viginum en février 2024, a publié 3,6 millions d'articles en 2024 selon NewsGuard. Il vise les modèles d'IA générative, qui indexent puis répètent ces contenus dans 33 pour cent de leurs réponses sur des sujets sensibles selon un audit NewsGuard de mars 2025 portant sur 10 chatbots et 15 narratifs.
Résumé exécutif
Identifié par Viginum en avril 2024 sous le nom Portal Kombat, le réseau Pravda opère désormais 190 sites par pays et 140 sous-domaines centralisés sur news-pravda.com, ciblant 83 pays avec 3,6 millions d'articles pro-russes par an. NewsGuard a documenté en 2025 que 10 chatbots IA majeurs citent ces articles comme sources légitimes dans 33 pour cent des réponses testées. Le réseau a aussi inséré plus de 1900 liens dans 44 versions de Wikipédia.
Ce qui est observé
Le réseau utilise des conventions de noms de domaines explicites : pravda-fr.com, pravda-de.com, mali.news-pravda.com, serbia.news-pravda.com, burkina-faso.news-pravda.com. Plus de 224 sites identifiés par Viginum en avril 2024, expansion documentée par DFRLab à 190 sites et 140 sous-domaines en 2025. Volume éditorial évalué à 3,6 millions d'articles par an. L'audit NewsGuard sur 10 chatbots IA majeurs (ChatGPT, Gemini, Claude, Copilot, Mistral, Perplexity et autres) montre que 33 pour cent des réponses sur des sujets sensibles incluent des sources Pravda Network. CheckFirst a identifié plus de 1900 liens Pravda insérés dans 44 versions de Wikipédia.
Ce que cela ne prouve pas
Le réseau Pravda n'a pas démontré formellement de chaîne de commandement avec un service de renseignement russe spécifique. La centralisation des domaines et le pattern de nommage évoquent une coordination, pas une attribution étatique directement signée par documents internes. Les chatbots IA cités peuvent appliquer leurs propres filtres anti-désinformation et le taux de 33 pour cent reflète un échantillon de questions sensibles, pas une réponse moyenne sur tous les sujets. L'opérateur Yevgeny Shevchenko est identifié comme ressortissant ukrainien de Crimée, sa coopération directe avec Moscou est inférée mais pas documentée par sources internes publiques.
Niveau de confiance
Cinq orgs de référence convergent sur les chiffres (Viginum, DFRLab, NewsGuard, BISI, CheckFirst). L'audit NewsGuard est reproductible et a été reconfirmé par plusieurs publications. Les patterns de domaines sont publics et automatisables.
Limites méthodologiques
L'écosystème Pravda Network est volatile : des sous-domaines apparaissent et disparaissent en semaines. La liste de 190 sites est un instantané au début 2025, pas une réalité figée. Le 33 pour cent NewsGuard porte sur un set de questions ciblées choisi par les auditeurs, pas un usage représentatif moyen.
Comment citer cette enquête
DisInfo Monitor (2026), "Quand l'intelligence artificielle apprend la propagande russe à votre place", publication francophone independante, disinfo-monitor.com/fr/narrative/pravda-portal-kombat-llm-grooming, premiere detection 12 février 2024, derniere mise a jour 18 mai 2026, consulte le 19 mai 2026.